Pour Carlos Valle, directeur du département de biologie de l’Université San Francisco de Quito, «S’il était prouvé que Newton s’est inspiré de la chute des pommes pour formuler sa théorie sur la gravitation, on pourrait aussi dire que les îles enchantées (Galapagos) ont été décisives au moment de l’élaboration de la théorie évolutionniste de Darwin».

En effet, au XIXème siècle, après les pirates et les vendeurs de poissons, c’est au tour des scientifiques de tout poil de s’intéresser à ce joyau naturel que sont les Galapagos. La plus célèbre expédition scienfitique est celle de Charles Darwin, a qui les Galapagos n’inspirèrent rien de moins que…la théorie de l’évolution !

Un lieu privilégié pour observer l’évolution des espèces

Etant un archipel isolé jouissant de conditions naturelles uniques (le sous courant équatorial, les vents contraires du courant Humboldt et des Caraïbes, sa localisation sur la ligne équatoriale…), les Galapagos sont effectivement le lieu de vie d’espèces surprenantes, dont l’adaptation est notable. Venus d’Arctique, des manchots mesurant un mètre de hauteur se sont adaptés à la chaleur, et ne font plus que 50 centimètres aux Galapagos ; tandis que les cormorans des Galapagos ne volent plus : n’ayant pas de prédateurs, ils n’en ont tout simplement pas besoin ! Par contre ils plongent et nagent pour chasser, donnant un bel exemple de l’adaptation des espèces à leur environnement !

L’aventure de Darwin et Fitzroy autour du globe

Le voyage de Darwin, qui dura près de 5 ans, commença en 1831 à Plymouth (Angleterre). Invité à bord du HMS Beagle par le capitaine Fitzroy, le jeune Darwin part alors à l’aventure autour du globe pour recueillir des informations scientifiques. A l’époque, Darwin se consacrait surtout à l’étude de la géologie, et commençait à établir des théories sur les paysages et les formations géologiques. De son côté, Fitzroy s’était déjà rendu aux Galapagos à l’âge de 23 ans.  Ses cartes de l’archipel furent d’ailleurs utilisées jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale.

Le périple de Darwin et Fitzroy les aménera d’abord sur la côte ouest-africaine, puis au Brésil, en forêt amazonienne, en Argentine, au Chili, aux Galapagos, et enfin en Australie et aux îles Cocos. Darwin ne séjournera que 4 semaines sur l’archipel équatorien, et visitera notamment les îles San Cristobal, Floreana, Santiago et Isabela. Malgré ce très court séjour, il recueillit sur place de nombreux échantillons biologiques, et pût observer à loisir les particularités des espèces présentes aux Galapagos…

L’adaptation des pinsons aux Galapagos

Toujours selon Carlos Valle, « bien que les conditions environnementales variaient peu d’une île à l’autre, ces différences étaient suffisantes pour influer sur la taille du bec d’oiseaux de la même espèce, en fonction du type de graines que l’on trouvait sur place ». Selon la légende, ce sont en effet les variations notables entre différentes espèces de pinsons qui impressionnèrent le plus le jeune Darwin. Treize espèces différentes de pinsons cohabitent aux Galapagos, et leur différences, notamment au niveau de la forme de leur bec, auraient été déterminées par leur alimentation, preuve de l’adaptation des animaux à leur environnement pour se perpétuer !

Ainsi, les observations réalisées aux Galapagos par Darwin lui aurait fourni certaines de ses preuves les plus probantes pour établir sa future théorie de l’évolution des espèces et de la sélection naturelle. Comme l’explique Matthias Wolff, directeur de la Fondation Charles Darwin aux Galapagos : « Darwin a beaucoup voyagé dans le monde, mais aux Galapagos, il a trouvé une situation unique: les oiseaux de toutes les îles paraissaient identiques, mais il a découvert qu’ils se différenciaient malgré tout en fonction de l’endroit où ils se trouvaient ». C’est pour cette raison que, si les îles équatoriennes ne sont pas le « sujet principal de son livre sur l’origine des espèces, son voyage sur place a été très important, voire fondamental pour sa compréhension de l’évolution ».

Du mythe à la réalité

Au risque d’entâcher le mythe, il est malgré tout important de noter que ces observations ne donnèrent pas directement lieu à la théorie de l’évolution, comme on le laisse parfois entendre en romanticisant un peu l’histoire. En effet, Darwin n’aurait pas lui-même compris que les oiseaux qu’il observaient appartenaient à une même espèce, et aurait par ailleurs tout autant déduit sa célèbre théorie de l’observation des pigeons et des méthodes d’éducation canine en Angleterre à son retour, que de ses observations aux Galapagos. C’est John Gould, un ornithologue anglais membre de la Geological Society of London, qui aurait suggéré à Darwin que les différents pinsons trouvés aux Galapagos appartenaient à une même espèce d’oiseaux.

Un autre secret de l’histoire en suprendra un certain nombre…Dès son jeune âge, Darwin avait montré une forte appétence pour la gastronomie et en particulier un goût prononcé pour la dégustation d’espèces exotiques. Il s’était notamment joint, pendant ses études à Cambridge, au «Gourmet Club», un groupe qui se consacrait à la cuisine et la dégustation d’espèces animales peu communes. Rappelons nous bien sûr qu’à l’époque la société n’était pas impregnée des impératifs moraux de conservation et de protection de la nature comme nous pouvons l’être aujourd’hui. Toujours est-il que selon la légende, Darwin aurait dégusté 48 tortues géantes durant et après son séjour aux Galapagos, décrivant ce met comme étant « tout à fait exquis » ! L’une de ces vaillantes tortues ayant survécu sur le bateau, elle fût laissée en Asutralie, où elle mourut en 2006 dans un zoo, à l’âge de 176 ans.

Enfin, il semblerait que Darwin n’était pas exactement un grand fan des voyages en bateau. Arrivé au Brésil en 1936, il écrivait ainsi dans son journal : « Je déteste et abhorre la mer et tous les bateaux qui navigent sur elle ».

Postérité de la théorie de Darwin

Malgré ces péripéties romanesques, lors de la sortie de L’origine des espèces en 1859, les stocks furent épuisés le jour même de la mise en vente de l’ouvrage.

Aujourd’hui, les postulats de Darwin continuent à prévaloir pour la communauté scientifique, qui « n’a fait que les affiner sans fermer la porte, en les ouvrant à d’autres explications, comme la dérive génétique, qui est la prise en compte du hasard dans la théorie sur l’évolution», ajoute Carlos Valle.

Quelques lectures sur le sujet…

Pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus sur la fameuse expédition de Darwin aux Galapagos, quelques lectures ludiques peuvent accompagner votre voyage sur place ! Nous vous conseillons notamment la bande dessinée de Christian Clot et Fabio Bono en deux tomes : A bord du Beagle (Tome 1) et L’origine des espèces (Tome 2), disponible aux Editions Glénat.

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